Lancelot Coujard participe au documentaire "Colette" : Oscar 2021 | 3iS

Oscars 2021 : Lancelot Coujard a participé à l’aventure de
« Colette »

27.05.2021 Talents

Lancelot Coujard, diplômé en Cinéma & Audiovisuel de 3iS Paris, vient d’atteindre un Graal : décrocher le prix du « Meilleur documentaire court » à la Cérémonie des Oscars 2021. Une récompense qui vient couronner la participation de cet ex-étudiant de la filière Image au tournage du film « Colette », réalisé en parallèle du jeu vidéo en réalité virtuelle « Medal of Honor : Above and Beyond ». Retour sur son expérience en tant que gaffer sur ce film.


Lancelot Coujard
Lancelot Coujard

Quel effet cela fait d’avoir contribué à un projet qui a reçu un Oscar ?

Quand je me suis réveillé, j’ai allumé mon téléphone et j’ai découvert l’Oscar dans les mains du réalisateur Anthony Giacchino sur Facebook. J’ai explosé de joie, je l’ai dit à mon épouse. Sur le moment, je me suis senti illégitime. Il m’a fallu trois jours pour réaliser la nouvelle. Sur ce projet, je me suis occupé de la liste de lumières, de gérer le matériel, de faire le pont entre la production et les loueurs. Le directeur de la photo et l’assistant opérateur m’ont remercié et m’ont fait réaliser que je méritais une partie de cet Oscar.

Pour la petite anecdote : le réalisateur nous a raconté qu’en sortant de la cérémonie des Oscars, il est tombé sur Brad Pitt qui lui a tapé sur l’épaule en lui disant : « J’adore ton film, félicitations ! ». Hollywood a vu notre film, quelle fierté !

Comment a démarré pour vous l’aventure
« Colette » ?

J’ai été contacté par la société de production Time Travel Unlimited pour être gaffer, un poste de chef électro qui nécessite des connaissances en direction de la photographie. Ce n’est pas vraiment mon métier, j’ai été franc sur ce point car j’avais moi-même un profil de directeur de la photographie. Ils ont tenu à me rencontrer malgré mon positionnement. Ma collaboration avec Michel Gondry a dû influer ainsi que mon histoire familiale : ma grand-mère et son frère ont été résistants. Le feeling est passé avec mes interlocuteurs, c’est ainsi que j’ai été embarqué dans l’aventure.

Mon rôle a été de faire le lien entre les américains et les loueurs français en adaptant les besoins de la production avec le matériel équivalent en France. C’est en voyant les prestataires acheter de l’équipement spécialement pour le tournage que je me suis rendu compte de l’envergure du projet. De plus, j’ai effectué la mise en place de l’impressionnante installation lumière.

En parallèle de «Colette», nous avons également travaillé sur les bonus de « Medal of Honor : Above and Beyond », dernier opus de la célèbre franchise, dont ils partagent la même coproduction (Electronic Arts, Oculus VR, Respawn Entertainment). Sorti en décembre 2020, le jeu vidéo plonge les joueurs dans les combats la Seconde Guerre mondiale en réalité virtuelle.

Pour la petite histoire : « Colette » est né d’un repérage destiné à ces bonus. Christophe Gosselin, en charge de cette mission, a permis à la production de croiser la route de Colette. De là est venue l’idée de faire un film sur sa vie.

Mais alors avant les Oscars, comment tout a commencé ?

Je suis le fils d’une professeure de cinéma. Enfant, j’assistais à la fin de ses cours en sortant de l’école et je jouais déjà dans les films de ses élèves. Petit à petit, la passion s’est transmise. A 16 ans, j’ai su que je voulais travailler dans l’audiovisuel. J’ai arrêté le conservatoire que je suivais depuis 9 ans et j’ai intégré l’option cinéma au lycée.

Le bac en poche, j’ai souhaité intégrer une filière image et lors d’un salon, je suis tombé sur un étudiant de 3iS passionné par le métier. Dans ses yeux, j’ai reconnu la même flamme que celle qui m’animait. Je me suis dit, si à 3iS il y a d’autres étudiants aussi bouillants, c’est ici que je dois aller.

Et votre parcours après 3iS ?

En 2010, à la sortie de 3iS, je suis devenu câbleur sur la création du nodal du laboratoire numérique Digimage. Cette mission m’a permis de rencontrer des étalonneurs, des réalisateurs et des directeurs de la photographie.

Ensuite, via Stéphane Pierrat, l’ancien directeur des productions de 3iS Paris, j’ai eu l’opportunité de travailler sur l’émission « C’est à vous » de 3ème Œil Production sur France 5. En CDD intermittent, je m’occupais de toutes les interviews sur les parties média et politique : acteurs, présentateurs, réalisateurs, responsables politique, etc. S’agissant d’une quotidienne diffusée à 19h, j’ai dû apprendre à m’adapter.

En 2012, j’ai quitté cette société. J’ai commencé à chercher tous azimuts ce que j’allais pouvoir faire, avec qui j’allais pouvoir travailler. J’ai récupéré le numéro du réalisateur Michel Gondry et je l’ai harcelé ! J’étais prêt à occuper n’importe quel poste à partir du moment où j’étais sur son film « L’Écume des jours ». Il a fini par me proposer de filmer les effets de lumière. J’étais aux anges ! Au départ, je devais tourner 1 semaine pour lui. Au final, je suis resté 6 mois. Cadreur 5D, j’ai chassé des effets de lumière naturelle pendant 2 mois. Les mois suivants, j’ai été sur le tournage à trier mes meilleures images pour les vidéoprojeter sur certaines scènes.

Cette expérience incroyable m’a permis de travailler aux côtés de professionnels reconnus tels que :

  • Le directeur photo Christophe Beaucarne (« Mal de Pierres », « Coco avant Chanel », « Mr. Nobody » pour lequel il a été récompensé)
  • Le chef électro Victor Abadia (« Barbara », « Django », « Inception »)
  • Le technicien VFX Stéphane Lesmond (« Le grand bain », « Coco Chanel & Igor Stravinsky », « Un long dimanche de fiançailles »). Nous avons par la suite collaboré sur 6 films, sur lesquels je me suis occupé en temps réel des incrustations et de la multiplication de foule.

Après « L’Écume des jours », j’ai travaillé sur le long métrage du réalisateur Jean Henri Meunier. Le projet a malheureusement été avorté mais il a permis la rencontre d’une personne déterminante à qui je dois d’être sur « Colette ».

Lancelot Coujard


L’intermittence m’a amené sur divers projets (courts métrages, clips et autres). L’année suivante, j’ai perdu mon statut. Pour acquérir les heures requises, je me suis retrouvé en télé-réalité où je suis passé graduellement de conducteur de camion de nuit à assistant vidéo (mon domaine de compétences), puis à chef opérateur. Cette transition-évolution n’a pas été simple car j’ai dû faire mes preuves pour arriver à ce dernier poste.

En parallèle, j’ai exercé la fonction de directeur de la photographie sur une émission de mode sur TV5 Monde. C’était la première fois que j’accédais à des programmes à diffusion mondiale. J’étais aussi chef opérateur depuis quelques années en documentaire, en particulier pour Premières Lignes Télévisions sur « Cash Investigation » et
« Envoyé Spécial ».

C’est le succès de l’enquête « Les Panamas Papers » diffusée sur « Cash Investigation » qui m’a vraiment permis de gagner la confiance des productions en télé-réalité. Une expérience très formatrice au niveau de la lumière. Obtenir un beau résultat dans un décor qui ne l’est pas forcément, en 1 heure et avec plusieurs axes de caméra, c’est un vrai défi !

Depuis ma sortie de 3iS, j’ai toujours eu à cœur de prendre part à des projets en bénévole ou à petits budgets. Pour avoir été soutenu gracieusement par des professionnels à mes débuts, j’estime que c’est à mon tour de rendre la pareille. C’est aussi une opportunité pour faire des rencontres et élargir son réseau. Finalement, c’est grâce à toutes ces personnes que j’en suis arrivé là !

Le film « Colette » peut être visionné gratuitement sur le site officiel, YouTube, The Guardian ou Oculus TV.